Le plomb en questions

Une directive européenne de 1998 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine a prévu que la teneur maximale en plomb dans l'eau du robinet devait passer de 25 à 10 microgrammes par litre (µg/L) au 25 décembre 2013. L'eau distribuée à Paris est de grande qualité et ne contient pas de plomb dans le réseau public, c’est-à-dire de la sortie des sites de production d’eau potable. Elle peut en revanche se charger de ce métal lorsque les canalisations intérieures des immeubles qui l’acheminent au robinet des Parisiens sont en plomb.

La présence de plomb dans notre environnement est une question de santé publique. Eau de Paris, régie municipale en charge de la production et de la distribution de l’eau du robinet, s’engage sur la qualité de l’eau qu’elle fournit. Pour être efficace et garantir en permanence une eau non chargée en plomb en sortie de robinet, son action doit être combinée à celles des syndics d’immeuble ou des propriétaires, responsables de l’état des canalisations dans les parties privatives.

Vous êtes locataire, vous êtes syndic d’immeubles ou propriétaire, découvrez dans ce dossier les réponses aux questions que vous vous posez sur l’eau et le plomb à Paris et les bons conseils à mettre en œuvre.

Il n’y a pas de plomb dans l’eau de Paris avant son entrée dans le réseau intérieur des immeubles.  Pour bien comprendre l’enjeu, il faut savoir que l’eau arrive aux robinets des usagers depuis les sites de production, grâce à deux types de canalisations.

  • Les canalisations du réseau public qui acheminent l’eau aux pieds des bâtiments

Le plomb a historiquement été utilisé dans les réseaux publics jusque dans les années 1960 et de manière marginale jusqu’en 1995, date à laquelle son usage pour la fabrication des branchements a été interdit. Dans les années 2000, d’importants travaux ont été réalisés pour éliminer les matériaux en plomb des réseaux publics d’eau de Paris. C’est pourquoi dans le réseau public placé sous la responsabilité d’Eau de Paris, le plomb dans l’eau est inexistant. Les canalisations sont en effet en fonte pour l’essentiel, en acier ou encore en béton. 99% des branchements Eau de Paris ont aujourd’hui été remplacés. Les 1% restant, d’un accès difficile, seront changés courant 2015.

  • Les tuyaux du réseau privé qui permettent d’acheminer l’eau froide, au-delà du compteur général d’eau, à l’intérieur des bâtiments jusqu’aux robinets des usagers.

Dans ce domaine privatif, dont les installations sont de la responsabilité des gestionnaires d’immeubles et des propriétaires, s’il y a des canalisations intérieures en plomb, il est possible que la présence de plomb dans l’eau soit constatée au robinet du consommateur.

Non, la problématique du plomb dans l’eau ne concerne que les immeubles construits avant 1950. Cela représente 65% des immeubles parisiens. Ceux construits ou rénovés après cette date ne doivent plus comporter de tuyaux en plomb.

Le plomb a longtemps été le seul matériau très malléable, facile à poser, s’adaptant à des parcours sinueux sans nécessité de recours à des pièces spéciales comme des coudes. C’est pourquoi, ce métal a très largement été utilisé pour la fabrication de canalisations d’eau potable de petit diamètre (eau froide uniquement). Grâce à l’évolution de la réglementation qui a interdit l’usage de ce matériau pour les canalisations des réseaux intérieurs dans les habitations et à celle des pratiques professionnelles, son utilisation s’est raréfiée à partir des années 1950. Aujourd’hui il est remplacé par des matières plastiques, du cuivre ou de l’acier galvanisé.

Jusqu'en décembre 2003, la réglementation imposait un taux maximum de plomb de 50 microgrammes par litre (μg/L) pour l'eau distribuée.
Conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une directive européenne en date du 3 novembre 1998 relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine a prévu un abaissement en deux phases de la teneur maximale en plomb dans l’eau :

 

  • d’abord 25 μg/L jusqu’au 24 décembre 2013 ;
  • puis au-delà de cette date, la concentration maximale admissible doit être de 10μg/L. Ce qui est incompatible avec la présence de canalisations en plomb.

Les dispositions de la directive européenne ont été transcrites dans le code de la Santé publique (articles L 1321-1 à L 1321-10 et R1321-1 à D 1321-68) ainsi que ses arrêtés d’application, notamment celui du 11 janvier 2007 relatif aux limites et références de qualité des eaux brutes et des eaux destinées à la consommation humaine.

Le plomb est un métal toxique qui n’est pas totalement éliminé par l’organisme. Lorsque le plomb est inhalé ou ingéré, il passe dans le sang et se fixe sur les tissus mous (foie, rate, reins, moelle osseuse, système nerveux) et se stocke également dans les os où il se substitue au calcium, pouvant ainsi mettre plusieurs dizaines d’années à s’éliminer par les voies naturelles. Si l’adulte élimine rapidement 90 % du plomb qu’il peut être amené à ingérer, l’enfant lui n’en élimine que 50%.

Pour prévenir tout risque pour la santé, les femmes enceintes et les parents d’enfants en bas âge doivent tout particulièrement respecter les recommandations de bon usage de l'eau proposées dans ce dossier.

  • Pour mémoire, la ville de Paris et son service d’eau ont déployé depuis plusieurs années un plan de remplacement de tous les branchements en plomb sur le réseau public, réalisé à 99%.
  • Parallèlement, pour limiter le risque lié à la présence de plomb dans l’eau au robinet des usagers, y compris dans la partie privative des immeubles, Eau de Paris a mis en œuvre depuis novembre 2003 un traitement préventif à base d’ortho-phosphates autorisé par les autorités sanitaires. Son principe est simple : de l’acide phosphorique est injecté dans l’eau avant son entrée dans les canalisations. Au contact du plomb, il forme un précipité stable, insoluble dans l’eau qui tapisse les canalisations et atténue ainsi le contact entre la canalisation en plomb et l’eau. Cette injection de phosphate voisine de 1 milligramme par litre a en toute circonstance permis de respecter le seuil de 25 microgrammes de plomb par litre au robinet du consommateur, limite de qualité admissible jusqu’au 24 décembre 2013. Malgré son coût, son application sera temporairement maintenue au-delà de cette date puisqu’elle n’a pas d’effet secondaire et que son efficacité sur la concentration du plomb dans l’eau a été prouvée. Même si cette disposition ne permet pas de limiter la dissolution du plomb au point de respecter la nouvelle limite de 10 microgramme de plomb par litre d'eau, elle s'avère encore utile tant que les canalisations en plomb dans les parties privatives des immeubles n‘auront pas été entièrement remplacées par les propriétaires.
  • Eau de Paris a signé en décembre 2013 la charte de gestion de l’eau avec les acteurs du secteur de l’habitat privé. Cette charte incite les gestionnaires à afficher les résultats des analyses de la qualité de l’eau, dont la teneur en plomb, qu’ils auront effectuées aux robinets dans leur immeuble. Elle les incite également à faire diagnostiquer la présence éventuelle de canalisations en plomb (parties communes ou logement) et à prendre les dispositions qui relèvent de leur responsabilité s’agissant des réseaux intérieurs.

Eau de Paris assume pleinement sa part de responsabilité sur la partie publique du réseau quant à la qualité de l’eau fournie. Après le compteur général, il revient aux propriétaires de vérifier si l’eau qui passe par les canalisations privées respecte ou non les normes. Supprimer toutes les canalisations en plomb est recommandé, car c’est la seule mesure qui garantit l’absence totale de plomb dans l’eau. Et même si la directive européenne ne l’impose pas expressément.

> Vous êtes locataire

La question de la présence du plomb dans les canalisations relève de la responsabilité des propriétaires ou syndics d’immeuble. Toutefois, en cas de doute, vous pouvez :

  • identifier si la partie apparente de vos canalisations est en plomb grâce à la couleur de métal constituant la canalisation. Le plomb est de couleur gris sombre tandis que le cuivre est rouge orangé et l’acier galvanisé est mat. On reconnaît aussi les canalisations en plomb par l’absence de raccord et par leur forme souvent « tordue » ;
  • demander à votre propriétaire ou à votre syndic la date de construction de votre immeuble et si des travaux de rénovation ont été réalisés depuis ;
  • demander à votre propriétaire ou à votre syndic d’effectuer un diagnostic des canalisations internes à votre immeuble afin de détecter la présence de canalisations en plomb (cf. rubrique suivante "Vous êtes propriétaire") ;
  • faire réaliser des analyses de l’eau froide en sortie de votre robinet par un laboratoire accrédité Cofrac (liste disponible ici) ou par le laboratoire d’Eau de Paris. Ces analyses sont à vos frais et coûtent environ 100 euros.

Pour faire faire des analyses de la qualité de l’eau, vous pouvez vous adresser à Eau de Paris en composant le numéro unique : 0974 506 507 (appel non surtaxé). Son laboratoire public d’analyses et de recherches, accrédité Cofrac, est habilité à effectuer des prélèvements et des analyses de plomb dans l’eau.


> Vous êtes propriétaire ou syndic d’immeuble

Pour vérifier la qualité de l’eau dans l’immeuble,  vous pouvez :

  • demander vous-même des analyses de qualité de l’eau en sortie du robinet et afficher les résultats dans le hall de l’immeuble conformément à ce que préconise la charte de la gestion de l’eau dans l’habitat privé. Si l'immeuble comporte plusieurs colonnes montantes d'eau froide, des prélèvements d’échantillons devront avoir lieu aux robinets sur chacune des colonnes ;
  • faire faire un diagnostic plomb de l’état de vos canalisations si les analyses montrent la présence de plomb dans l’eau.

Lorsque les canalisations de l’immeuble sont en plomb, il ne faut pas utiliser pour l’alimentation l’eau qui à stagné dans les canalisations durant la nuit ou vos longues absences, en particulier pour les femmes enceintes et les enfants en bas âge. Quelques conseils :

 

  • Le matin au réveil, faites couler l'eau quelques secondes, ou mieux prenez une douche ou tirez la chasse d’eau avant de prélever l’eau destinée à l’alimentation.
  • Le soir, remplissez une carafe d’eau après le dîner et placez-la au frais. Vous la boirez le lendemain. Il n’est pas conseillé de garder l’eau trop longtemps, même au réfrigérateur.  

Bon à savoir

L’Agence nationale pour l’amélioration de l’habitat (ANAH) peut subventionner les travaux de réhabilitation engagés en parties privatives et communes par les propriétaires occupants (plafond de revenus), les propriétaires bailleurs (pas de conditions de ressources) ou les syndicats de copropriétaires (pour les travaux sur les parties communes).
Pour en savoir plus : www.anah.fr