Développer

Eau de Paris gère un patrimoine hydraulique d’une très grande richesse, pour le compte de la Ville de Paris. Elle entretient ce patrimoine estimé à 10 milliards d’euros grâce à une politique d’investissement dynamique, garantissant un service à la pointe de la technologie, mais aussi grâce à une politique de maintenance des ouvrages efficiente, offrant un rendement performant. La Ville de Paris et son opérateur fixent, à travers un schéma directeur des investissements, les grandes orientations du service à l’horizon 2025 et contribuent au développement d’un pôle public de recherche et d’expertise, appelé à devenir une référence dans le domaine de l’eau.

En matière économique, Eau de Paris doit faire face à un double défi : garantir en permanence le meilleur service au juste prix à ses usagers, tout en assurant la durabilité et la performance de son parc industriel et de ses réseaux.

Une durabilité du service assurée

Le programme pluriannuel d’investissement dont s’est dotée Eau de Paris en 2014 pour la période 2015-2020 témoigne d’un niveau d’engagement inédit et de la volonté de l’entreprise publique d’assurer un service de l’eau performant et innovant dans un contexte d’adaptation au changement climatique, tout en garantissant un prix de l’eau transparent et maîtrisé. Ce programme prévoit un investissement global de 450 millions d’euros d’ici 2020, soit une hausse de 7 % par an en moyenne par rapport au programme précédent.

ENTRETENIR ET RÉHABILITER LES aqueducs

Les aqueducs constituent l’un des axes forts des programmes de travaux. Construits entre 1870 et 1924, ils font l’objet chaque année de réhabilitation, à l’issue de diagnostics portant sur leur état intérieur et extérieur, réalisés par les équipes de l’entreprise.

L’un des chantiers les plus spectaculaires de ces dernières années a été lTravaux sur l'Aqueduc de la Vannea rénovation des arcades du Grand Maître, qui supportent, sur plus de 2 000 mètres, l’aqueduc de la Vanne. Ses 192 arcades s’érigent ainsi dans la forêt de Fontainebleau (77). Constituées de matériaux disparates et peu résistants, datant de plus d’une centaine d’années, ces installations ont subi les outrages du temps et des variations saisonnières : disjointements de maçonnerie et éclatements de mortier d’enduits risquaient de provoquer des incidents.

Pour protéger les promeneurs d’éventuelles chutes de débris, les arcades se situant à l’aplomb de la voie de circulation, ont notamment été rénovées. Les travaux ont eu pour objectif de purger l’ouvrage de tout matériau pouvant se décrocher, de réparer la structure, de réaliser un enduit parfaitement adhérent au support et pérenne sur 10 000 m2 de surface, et de restituer une esthétique conforme à l’état d’origine de l’ensemble de l’ouvrage : une reproduction à l’identique des motifs décoratifs incrustés dans l’enduit a même été réalisée !

Sur l’eau potable, Eau de Paris possède le premier laboratoire public de recherche, avec un budget de près de 2 millions d’euros, c’est-à-dire 0,6 % du budget d’Eau de Paris. L’équipe de chercheurs compte une quinzaine de personnes, divisée en trois départements : matériaux, chimie et biologie.

Historiquement, le département matériaux étudiait l'impact des matériaux sur la qualité de l'eau, le vieillissement des canalisations et ses implications en termes de gestion du patrimoine. Aujourd’hui, il s’oriente de plus en plus vers l’optimisation des process de production d’eau en venant au soutien des exploitants pour les questions qui se posent par exemple avec les procédés d’ultrafiltration, le renouvellement des charbons actifs en grains ou encore le traitement des perchlorates.

Les axes de recherche en chimie concernent les composés dits émergents tels que les résidus médicamenteux que l’on trouve dans les eaux de rivière, principalement anti-inflammatoires, antibiotiques, antalgiques et antidépresseurs. Ces résidus médicamenteux, présents depuis longtemps, sont dits « émergents » parce que l’on commence seulement à les détecter. Depuis une Laboratoire de recherche d'Eau de Parisquinzaine d’années, on note une évolution considérable en termes de seuil de quantification. Il est aujourd’hui possible de détecter des concentrations de l’ordre du nanogramme (milliardième de gramme), voire du picogramme (mille fois moins). Cela ne présente pas de risque pour la santé humaine car les traitements les éliminent bien. Eau de Paris étudie parallèlement si les traitements ne génèrent pas des sous-produits qui pourraient être dangereux. 

Eau de Paris poursuit  des programmes de recherche sur troisLaboratoire d'Eau de Paris types d’organismes : les virus, les bactéries et certains eucaryotes comme les amibes et des parasites. En microbiologique, l’arrivée de nouvelles techniques, comme la biologie moléculaire, ouvre de grandes perspectives pour aller chercher plus précisément les micro-organismes pathogènes. Cela permettra de mieux comprendre certaines pollutions mais aussi de révolutionner l’activité d’analyse au quotidien en faisant gagner du temps et de la précision. La recherche des virus dans l’eau s’est par exemple considérablement accélérée ces dernières années, Eau de Paris travaille actuellement sur un vaste projet avec plusieurs équipes (le LEESU, le SIAAP…) sur cette thématique. La relation entre les amibes et certaines bactéries qu’elles protègeraient est également au cœur du programme de recherche du laboratoire, notamment dans le cas de mycobactéries atypiques. Ce programme est mené  en collaboration avec d’autres équipes : AP-HP, Université de Poitiers et CNRS.

Remise du prix « Élu Service Client de l’Année 2017 » dans la catégorie « Distribution d'eau ».

L’amélioration continue de la relation aux abonnés constitue un aspect majeur de l’action d’Eau de Paris. La création du centre multi contacts, en 2011, a traduit la volonté d’Eau de Paris de mettre en place un service client de référence et de renforcer progressivement sa présence auprès des usagers et des abonnés, afin de répondre au mieux à leurs questions et à leurs attentes. Depuis l’internalisation de son service aux usagers, Eau de Paris a été désignée "Élu Service Client de l'Année 2017" dans la catégorie "Distribution d'eau" pour la 5e année consécutive*.

 

*Catégorie Distribution d'eau - Étude Inference Opérations - Viséo CI - mai à juillet 2016 - Plus d'infos sur : www.escda.fr

 

Être joignable à tout moment

Eau de Paris dispose d’un centre multi contacts, véritable guichet unique en charge du traitement des courriers, courriels et fax. Elle a mis en place un numéro d’accueil téléphonique unique et non-surtaxé, joignable de 8h à 18h du lundi au vendredi au 0974 506 507. La nuit et le week-end, les appels urgents sont pris en charge par le Centre de contrôle et de commande situé au siège d’Eau de Paris et fonctionnant 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Outre un réseau d’eau potable, Paris a la chance de disposer d’un réseau d’eau non potable. Ce réseau, quasi unique au monde, a été conçu par Eugène Belgrand sous la direction du préfet Haussmann durant le Second Empire.

Au XIXe siècle, deux réseaux d’eau coexistaient : un réseau dit « privé » qui alimentait les bâtiments d’habitation et qui constitue de nos jours le réseau d’eau potable et un réseau dit « public » qui desservait notamment les fontaines publiques – c’est aujourd’hui le réseau d’eau non potable. 

Sous exploité pour différentes raisons, le réseau d’eau non potable n’a pas été entretenu comme le réseau d’eau potable. En 2012, décision fut prise par le Conseil de Paris de maintenir ces installations qui constituent un patrimoine historique et sont une spécificité parisienne, et de développer de nouveaux débouchés pour l'eau non potable.

MAINTENIR ET DEVELOPPER LE RESEAU

De nos jours, l’eau non potable est produite à partir de trois usines prélevant l’eau de la Seine ou du Canal de l’Ourcq. Son traitement se limite à une filtration grossière (qui élimine les particules de plus de 3 mm), préalable à sa distribution sur l’ensemble de la capitale. Les réseaux d’eau potable et d’eau non potable sont de taille à peu près équivalente puisqu’ils s’étendent respectivement sur 1 900 km et 1 700 km. Ils se situent d’ailleurs dans les mêmes ouvrages (égouts, galeries) et sont visitables. 

Eau de Paris produit chaque année près de 200 000 m³/jour d’eau non potable, pour 478 000 m³/jour d’eau potable (données 2014). La consommation d’eau non potable a diminué de plus de 50 % ces 20 dernières années. Cela est principalement dû à la fermeture de certains branchements privés qui présentaient de potentiels risques sanitaires ainsi qu’à la mise en arrêt des réservoirs de chasse servant à nettoyer les égouts et étant utilisés à l’époque de manière non optimale.

A la différence du réseau d’eau potable, le réseau d’eau non potable n’a bénéficié que de légers travaux de maintenance (réparations de fuites…) au cours de ces vingt dernières années. Au regard de l’état des canalisations et de la baisse de la consommation, la question de l’avenir du réseau d’eau non potable s’est longtemps posée.

En 2009, une conférence de consensus, organisée par la Ville de Paris et regroupant une quinzaine d’intervenants aux domaines d’expertises très variés, s’est prononcée majoritairement pour le maintien de ce patrimoine.

Le 20 mars 2012, le Conseil de Paris a décidé par délibération le maintien et l’optimisation du réseau d’eau non potable ainsi que  le lancement des études de perspectives de développement de ses usages et de son extension géographique.

Cette décision prend tout son sens dans un contexte de changement climatique et de raréfaction de la ressource eau. En 2015, la quasi-totalité de l’eau non potable distribuée est utilisée par la Ville de Paris pour l’arrosage de certains espaces verts, l’alimentation des lacs et rivières des bois de Boulogne et de Vincennes, pour le lavage de la voirie (trottoirs, caniveaux et chaussées) et pour le curage des égouts. Les autres utilisateurs de l’eau non potable réalisent moins de 1 % de la consommation : arrosage de quelques parcs publics de l’Etat et usages industriels divers.

La décision de mars 2012 incite à élargir le champ des usages urbains de l’eau non potable afin de contribuer au maintien de la biodiversité en ville ou encore de développer de nouvelles activités économiques (climatisation, chauffage).

INSTALLATIONS ET RESEAUX EXISTANTS

Le réseau d’eau non potable de la ville de Paris est indépendant du réseau d’eau potable. Il dispose de moyens de production, de stockage (réservoirs) et de distribution (conduites) qui lui sont propres.

Les moyens de production et de pompage

Eau de Paris est chargée de l’exploitation de trois usines de production d’eau non potable ainsi que de quatre installations de relevage. Le volume annuel d’eau non potable mis en distribution s’élève à 78 millions de m³ (données 2013).

Les trois usines alimentant le réseau d’eau non potable sont l’usine d’Austerlitz (13e arr.), de la Villette (19e arr.) et d’Auteuil (16e arr.). L’usine de la Villette assure environ 78 % de la production d’eau non potable à Paris. D’autres installations de relevage servent à alimenter les points les plus hauts de la capitale : il s’agit des usines de Haxo (20e arr.), Télégraphe (20e arr.), Saint Pierre (18e arr.) et Montmartre (18e arr.).


Le stockage

L’eau non potable est stockée dans huit ouvrages (sept réservoirs, un château d’eau) d’une capacité totale d’environ 152 000 m³.

Quatre réservoirs sont exclusivement dédiés au stockage d’eau non potable : Charonne (20e arr.), Grenelle (15e arr.), Passy (16e arr.), Villejuif (94), ce dernier étant le seul situé en dehors de Paris.

Le château d’eau de Montmartre (18e arr.) et les réservoirs de Montmartre, Belleville (20e arr.) et Ménilmontant (20e arr.) permettent, quant à eux, de stocker de l’eau potable et de l’eau non potable.

  

La distribution

La distribution de l’eau non potable est organisée en différents sous-réseaux en fonction des altitudes à desservir et des usines de production qui les alimentent.

On trouve ainsi :

  • 2 réseaux supérieurs, de 127 m à 140 m, sur les buttes de Montmartre et de Belleville, qui disposent chacun d’un réseau spécifique (cuve du Château d’eau de Montmartre et surpresseur de Belleville) ;
  • 1 réseau haut « Ménilmontant » à 100 m ;
  • 3 réseaux moyens (Passy, Charonne et Villejuif) situés entre 81 m  et 88 m ;
  • 1 réseau bas alimenté à partir du bassin de La Villette à 51 m.

MODERNISER LE RESEAU


Conformément à la délibération du Conseil de Paris de mars 2012 sur le maintien du réseau d’eau non potable, Eau de Paris a engagé des investissements de première nécessité (réparations, remises en état) et entamé un programme d’entretien du patrimoine de l’eau non potable.
 
Les travaux prioritaires consistent à fiabiliser les moyens de production ainsi que les conduites stratégiques (faisant le lien entre les usines et les réservoirs), notamment par des renouvellements de canalisations.

 
Parmi les grandes opérations, on peut citer :

  • la modernisation de l’usine de la Villette (2014) - Photo ci-contre
  • le renouvellement de la conduite de sortie de l’usine de la Villette appelée « Villette – Passy » (2014)
  • la fiabilisation des deux branches d’alimentation du réservoir de Ménilmontant (2015 - 2016 - 2017)
  • la fiabilisation des conduites gravitaires du réseau Bas – Ourcq (2015, 2016, 2017)
  • les travaux sur le réservoir de Villejuif (2016)

VALORISER DE NOUVEAUX DEBOUCHES


Dans le cadre de sa démarche de développement durable, Eau de Paris encourage la valorisation et les usages de l’eau non potable : programme de remise en service des réservoirs de chasse, nettoyage de parties communes d’immeubles, arrosage d’espaces verts, usages industriels divers, etc.


Eau de Paris a élaboré un guide pratique et un formulaire de demande de branchement d’eau non potable. Ces documents récapitulent les informations pratiques (coordonnées de vos interlocuteurs, impératifs techniques et sanitaires à respecter, étapes de réalisation de nouveaux branchements etc.) et permettent de souscrire un abonnement au service de l’eau non potable.
Ces documents sont disponibles sur le site de l’Agence en ligne d’Eau de Paris.


Réaliser un branchement d’eau non potable présente les avantages suivants :

  • c’est une démarche écologique car l’eau non potable ne nécessite pas un traitement lourd pour des usages tels que l’arrosage ou le nettoiement ;
  • les tarifs de l’eau non potable sont avantageux. En fonction des volumes consommés, l’investissement peut être amorti en quelques mois ou années.

EXPERIMENTER DE NOUVEAUX USAGES

Chauffer ou climatiser grâce à l’eau non potable

L’eau non potable est utilisée comme fluide caloporteur et passe dans un échangeur thermique pour céder ses calories ou ses frigories à un second circuit d’eau (boucle secondaire). Celui-ci alimente ensuite des groupes froids ou vient refroidir une machine à absorption. L’eau utilisée est enfin restituée dans le réseau d’eau non potable, via un branchement de réinjection.


Dans ce type de projets, il ne s’agit pas de consommation d’eau à proprement parler puisque celle-ci est restituée. Cela a l’avantage d’être écologique mais aussi économique puisque le bénéficiaire ne doit pas s’acquitter de redevances d’assainissement, contrairement au système à eau perdue.


Ce type de dispositif est déjà en service depuis l’été 2014 au centre de santé Cosem (Coordination des œuvres sociales et médicales, 9e arr.) ainsi que dans un immeuble de bureaux situé au 67-69 avenue Victor Hugo (16e arr.).


Réinjecter des eaux d’exhaure dans le réseau d’eau non potable


Les eaux d’exhaure sont des eaux de nappe phréatique qui resurgissent dans les niveaux bas des structures profondes des sous-sols de certains bâtiments. Cela concerne essentiellement des stations de métro profondes ou des sous-sols de parkings. On recense également une centaine d’autres sites dans Paris intra-muros. Il convient d’évacuer ces eaux pour éviter tout risque d’inondation.


Aujourd’hui, ces eaux sont rejetées dans le réseau d’assainissement ainsi que dans la Seine ou le canal de l’Ourcq, via des réseaux de collecte, ce qui représente des coûts importants (redevance d’assainissement à verser). L’objectif est de réinjecter ces eaux dans le réseau d’eau non potable, sous certaines conditions (paramètres de qualité sur le rejet, prescriptions techniques).


Ces nouvelles utilisations du réseau d’eau non potable feront l’objet d’expérimentations par Eau de Paris sur des sites pilotes en 2015. Ce sera notamment le cas à l’hôtel de ville de Paris où la régie a prévu d’expérimenter un dispositif de climatisation du bâtiment à partir du réseau d’eau non potable. Pour en savoir plus sur ce projet, consultez notre dossier spécial Innovation.


A l’issue d’une période d’observation et en fonction des retours d’expérience obtenus, Eau de Paris pourrait être en mesure de proposer une offre de services permettant de développer et de valoriser au maximum les nouveaux usages de l’eau non potable.