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Tribune
Publié le 28.11.2023
Temps de lecture : 6 minutes
Aurélien Martin
Directeur de programme transformation numérique industrie 4.0
L’industrie 4.0 en 2023 ? Après la dématérialisation des processus, le déploiement de capteurs, la maintenance prévisionnelle ou encore les chatbots… déjà dépassés dans les milieux initiés, on ne jure plus que par l’intelligence artificielle, l’impression 3D, les drones « en tous genres » et le metaverse.
Si certaines de ces innovations technologiques pourront répondre selon les cas aux problématiques des équipes opérationnelles, ou bien aider à l’amélioration de la productivité, des conditions de sécurité ou de travail, l’expérience dans plusieurs secteurs industriels (agro-alimentaire, pharmaceutique, de process, opérateurs de réseaux…) montre que leur mise en œuvre dans l’entreprise ne va pas de soi. La concrétisation des gains escomptés en phase de cadrage est loin d’être garantie. L’exploitation croissante des données pour améliorer notre efficacité opérationnelle est aussi un enjeu pour l’usine du futur. Encore faut-il disposer de données de qualité, pouvoir garantir leur cycle de vie et réussir à pérenniser ce gisement de valeur.
Dans le secteur de l’eau, l’usine du futur se construit autour des enjeux d’amélioration constante des procédés de traitement pour une eau de qualité, autour de la performance du réseau de distribution (rendement, indice linéaire de perte…) pour préserver la ressource et garantir un juste prix aux consommateurs. L’objectif est aussi d’intégrer les nouvelles technologies (logicielles ou matérielles) et les progrès qu’elles génèrent dans nos processus et notre organisation de travail, notamment pour la mise à niveau et l’entretien des infrastructures IT.
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En savoir plusPour améliorer la performance industrielle, on crée ainsi à côté de l’outil de production d’autres équipements ou actifs numériques (capteurs, serveurs, logiciels…) qu’il faut construire, installer et maintenir dans le temps avec toutes les ressources matérielles, humaines et financières que cela implique. Aussi, je suis fermement convaincu que la technologie n’est pas la solution à tout, d’autant plus dans un contexte de raréfaction des ressources et de renchérissement du coût des matières premières où la frugalité et l’agilité sont gages de résilience pour les années à venir. Il est important de composer pour trouver l’adéquation entre la réponse de la solution numérique aux enjeux Métier, son empreinte carbone ou encore sa contribution à la marque employeur.
Si le choix des technologies à déployer pour l’usine du futur est essentiel, il est important d’avoir une approche basée d’une part sur les besoins des équipes opérationnelles, d’autre part sur la prise en compte de l’impact écologique de nos activités. Nous avons ainsi mis en place une démarche d’animation de l’innovation, notamment via un concours interne et des défis autour des problématiques rencontrées par les équipes opérationnelles, ce qui leur permet de s’exprimer sur les choix technologiques de l’entreprise.
En effet, une approche trop verticale et descendante, même si elle promeut la technologie appropriée peut se heurter à des problèmes d’acceptabilité et d’appropriation. En découlent souvent des gains moins importants que prévus ; notamment en phase de déploiement (run) car l’équation économique repose en grande partie sur des changements dans les usages et comportements.
On s’en aperçoit très bien aujourd’hui avec les projets impliquant une composante d’intelligence artificielle : ceux à l’initiative des équipes métier sont un succès et contribuent au développement des compétences data des équipes alors que ceux identifiés à des fins d’économie font l’objet de réticence, de méfiance et sont souvent en échec. La numérisation de tous les processus et la généralisation de la donnée illustrent très bien la « fausse bonne idée ». Il n’est pas rare que les entreprises multiplient les projets dans toute leur organisation (à la comptabilité, à la paie, dans la planification et la gestion des interventions, sur la chaine de prévision des ventes, de l’approvisionnement et de la production…) sans forcément que cela apporte confort et simplification aux utilisateurs.
Enfin, accroitre les infrastructures informatiques (réseau, serveurs…) pour gérer une masse croissante de données, c’est accroître l’empreinte carbone des activités industrielles.
Comme dans toute chose, il semble que le juste équilibre constitue la meilleure voie : mobiliser l’ensemble des parties prenantes dans un objectif de préservation des ressources, sans pour autant ignorer les innovations qui répondent à des besoins bien identifiés.
La modernisation de notre industrie doit passer selon moi par un subtil équilibre entre solutions technologiques, accompagnement des parties prenantes, excellence opérationnelle et surtout adéquation des choix d’investissement avec les contraintes environnementales. Chez Eau de Paris, le programme Industrie 4.0 se fait de concert avec les objectifs et projets définis dans le cadre de la stratégie de transition écologique de l’entreprise. Ainsi, sur le réseau de distribution d’Eau de Paris, nous avons fait le choix de déployer des capteurs acoustiques pour détecter plus rapidement les fuites, sans pour autant installer des capteurs multi paramètres à tous les tampons d’accès pour mesurer tout et n’importe quoi. Nous allons aussi numériser nos galeries pour créer un jumeau numérique du réseau à des fins d’optimisation de notre politique patrimoniale et pour éviter à nos équipes certaines visites en sous-sol dans des environnements difficiles. La visite virtuelle constituera un progrès en termes de santé et de sécurité pour nos techniciens, tout en limitant les déplacements en véhicule.
Comme dans toute chose, il semble que le juste équilibre constitue la meilleure voie : mobiliser l’ensemble des parties prenantes dans un objectif de préservation des ressources, sans pour autant ignorer les innovations qui répondent à des besoins bien identifiés.
Changements rapides, innovations disruptives, nouvelles technologies… le numérique accélère la transformation de l’industrie de l’eau et ses métiers. Il irrigue l’ensemble des missions d’Eau de Paris, du captage à la distribution, et lui permet de répondre au mieux aux nouvelles attentes des usager·ères en termes de performance et de qualité de service.
Aurélien Martin
Directeur de programme transformation numérique industrie 4.0
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