Aurélien Martin
Directeur du programme Industrie 4.0
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Décryptage
Publié le 19.10.2023
Temps de lecture : 5 minutes
Chez Eau de Paris, le numérique est un moyen de renforcer la sécurité de l’approvisionnement, la qualité de l’eau potable et l’efficacité de ses processus afin de rester une entreprise de référence. La dématérialisation des procédures, l’utilisation des données, les outils collaboratifs et de mobilité ou encore l’apprentissage automatique (machine learning : capacité des ordinateurs à appendre par eux-mêmes à partir de jeux de données entrées-résultats) sont autant d’opportunités d’améliorer l’ensemble des missions de la régie.
Eau de Paris s’appuie sur le numérique pour accompagner l’évolution des métiers, construire de nouveaux parcours de compétences, faire évoluer au besoin ses modes de fonctionnement et poser les futurs terrains collaboratifs pour gagner en agilité, en maîtrise des risques ou encore en qualité de vie au travail.
Les nouvelles technologies numériques, dans l’efficacité et les perspectives qu’elles apportent, conjuguent l’impératif de performance de nos métiers avec l’impératif d’excellence de notre service, tous deux socles forts de notre culture
La régie s’appuie sur les nouvelles technologies de relevé 3D pour réaliser des maquettes numériques de ses installations via le processus BIM (Building Information Modeling). Elle y a notamment recours dans la réalisation de nouvelles infrastructures, comme la filière d’eau potable d’Orly, dont les nouveaux ouvrages ont été entièrement modélisés en 3D pendant la phase de conception. Grâce à cette politique patrimoniale fondée sur la donnée, Eau de Paris développe la connaissance de ses sites et renforce l’efficacité de ses interventions et travaux.
L’analyse de données est au cœur de l’innovation chez Eau de Paris. Pour optimiser au mieux son système de production et distribution d’eau potable, l’entreprise publique peut compter sur son Centre de pilotage intégré (CPI) et son « Datalab » qui analysent un million de données par jour. Ces données issues de l'exploitation, de la relation client et du contrôle sanitaire permettent d’améliorer les capacités de prévision et de planification de la régie.
Eau de Paris s’appuie par ailleurs sur de nombreux capteurs multi paramètres déployés sur l’ensemble de son réseau de distribution et qui en analysent les données. Ils garantissent le suivi en continu de la qualité de l’eau, une meilleure détection des incidents et anticipent l’évolution de son modèle hydraulique.
L'eau qui coule de son robinet est un bien précieux. Chaque jour plus de 470 mille mètres cubes d'eau potable sont acheminés par Eau de Paris. Son réseau totalise 2000 km de canalisations et affiche un taux de rendement parmi les meilleurs de France. L'enjeu, éviter les fuites qui représentent un risque économique et écologique majeur. Pour cela Eau de Paris investit dans les nouvelles technologies. Nous avons recours à la technologie des capteurs acoustiques aimantés afin de diminuer le temps d'intervention des équipes terrain donc optimiser, au final, leur activité et de diminuer le temps d'écoulement pour améliorer la performance du réseau. Le concept est simple d'ici la fin de l'année 3000 capteurs seront fixés directement sur les conduites d'eau. Lorsqu'une fuite se déclenche au niveau du réseau une onde sonore à se propager le long de la conduite qui va être détectée par le capteur acoustique aimanté. Le dispositif est entièrement connecté. Cette antenne permet de transmettre les données au centre de contrôle d’Eau de Paris. Nous avons découpé paris en 66 secteur de distribution. L'objectif est d’identifier toutes les fuites supérieures à deux mètres cubes par heure. Les informations liées à la potentielle fuite sont analysés dans le poste de contrôle du secteur concerné. Ces données vont arriver sur notre système de supervision. Elles sont remises dans un code couleur assez simple : vert tout va bien, rouge potentiellement il y a un souci d'une suspicion de fuite. On a trois capteurs qui ont réagi, il faut envoyer une équipe pour qu'elle vienne localiser la fuite dans cette zone. Afin de poursuivre l'amélioration de ses performances, Eau de Paris prévoit d'investir près de 14 millions d'euros dans la traçabilité et la maîtrise des flux d'ici 2026.
Les innovations numériques constituent de précieux alliés dans la recherche d’une expérience client simple, fluide et transparente. C’est pourquoi Eau de Paris les intègre dès le début du parcours pour améliorer le traitement des demandes, redéfinir celui des réclamations ou encore mettre à jour sa base de données client. Et le tout dans une approche selfcare, pour qu’à terme le client soit 100 % autonome dans la gestion de son contrat.
Parallèlement, Eau de Paris expérimente l’intelligence artificielle pour assurer le relevé de ses compteurs d’eau nouvelle génération, qui embarque la reconnaissance d’image pour collecter l’index de consommation et le matricule d’un compteur donné.
Aurélien Martin : Innover, c’est avant tout intégrer de nouvelles solutions dans nos métiers et notre organisation et notre culture pour optimiser nos différentes missions : préserver la ressource, anticiper le traitement de l’eau et sa qualité, garantir l’excellence de l’expérience client avec un objectif affirmé de performance.
Mais au-delà, la transformation numérique renvoie également à une démarche d’innovation transversale dans laquelle nous prenons en compte les besoins de nos équipes. Elle se fait de concert avec leur participation et la remontée de leurs problématiques pour identifier au mieux l’intégration de nouveaux outils. Cela permet par exemple d’automatiser des tâches à faible valeur ajoutée pour libérer du temps aux collaborateur·rices sur des tâches plus qualitatives. L’innovation est avant tout collaborative.
A. M. : Assurément. Nous observons constamment ce qu’il se passe en dehors d’Eau de Paris, pour détecter les technologies émergentes et celles qui peuvent inspirer notre propre démarche d’innovation. Et nous partageons également nos connaissances et retours d’expérience. Pour des projets impliquant des solutions avant-gardistes comme les Jumeaux numériques, nous avons réalisé plusieurs échanges avec des acteurs ayant lancé de vastes projets de numérisation 3D de leurs actifs (RATP, RTE, SNCF…) ou ayant déjà mis en place des cellules BIM. Cela nous permet d’évaluer la maturité du marché et de prendre du recul. De plus, ces échanges constituent une réelle opportunité de créer un écosystème de pairs autour de la transformation numérique.
A. M. : Ils sont nombreux ! De la source au robinet, tous les métiers et missions d’Eau de Paris sont concernés par cette transition. A titre d’exemple, la refonte de notre gestion technique centralisée (GTC), permet le pilotage en temps réel des installations industrielles de la régie. Le projet vise une première mise en production fin 2024, après les Jeux olympiques et paralympiques de Paris. Notre objectif est d’aller plus loin que l’outil lui-même, vers une démarche de progrès : la performance et la progression des métiers, la valorisation des données, l’aide à la décision et à l’exploitation via l’intelligence artificielle et le machine learning. Une transition profonde qui nécessite, comme tout projet, l’adhésion des équipes utilisatrices. En matière de numérique, l’accompagnement au changement est tout aussi important que le changement lui-même !
L’innovation par la preuve : 18 expérimentations au service de l’eau
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